Merci à l’IA : la connaissance superficielle est devenue mainstream !

Cet article est co-écrit par Philippe NIEUWBOURG, Julien Soulard et Estelle Riboni-Cordelier

Avant l’IA, il fallait être exceptionnel, meilleur, sortir du lot, se distinguer. Et on obtenait ce statut au travers de l’apprentissage, de l’effort, de l’échec, et de la production parfois difficile, de contenu. L’IA nous fait entrer dans l’ère de la standardisation. Mais une standardisation superficielle, où savoir et comprendre ne sont plus que des options pas “gucci” du tout (si vous ne comprenez pas, demandez à un ado) !

L’IA générative est devenu un réflexe. Dans les cours d’école, à l’université, mais également dans l’entreprise. Nous ne comptons plus les exemples de professionnels qui nous envoient un projet de document, presqu’en s’excusant de reconnaitre qu’ils ont utilisé l’IA pour produire le contenu en question. Une manière d’ailleurs de s’affranchir d’éventuelles erreurs… c’est pas moi, c’est l’IA !

La fille de l’un d’entre nous, appelons-là Tormenta pour préserver son anonymat, sort tout juste de l’adolescence. Une époque où l’on tuerait père et mère plutôt que de reconnaitre que l’on ne sait pas quelque chose. “Avoir réponse à tout” est une expression qui apparaitrait dans la littérature dès 1922, d’après le site LangueFrancaise.net. Et elle semble devenue le motto de toutes les générations d’adolescents. Philippe se souviens comme si c’était hier du jour où, il y a 50 ans, son père l’a vertement remis à ma place lorsqu’il osait lui suggérer que l’industrie des technologies dépasserait un jour celle du pétrole où il a fait toute sa carrière. Il s’est bien vengé depuis d’ailleurs !

Mais revenons-en à Tormenta et à sa génération ZZZZZZZ. Est-elle en plein sommeil ? Non, pas du tout, elle veut avoir raison sur tout, comme ses prédécesseurs. Mais en plus elle le peut, et sans effort ! Car elle a accès à des outils qui lui donnent l’illusion du savoir. La génération précédente avait les moteurs de recherche. Elle pouvait déjà accéder à une quantité de savoirs impressionnants. Mais il fallait lire, sélectionner, remettre en forme, trier… l’information était devenue accessible, mais en réalisant sa mise en forme, on apprenait un peu, sans vraiment s’en rendre compte.

Pour Tormenta, cette dernière étape à disparu. Grâce aux IA génératives, elle a accès à des réponses, directement mises en forme. Il suffit, tel un perroquet de copier ou de répéter. Même pas la peine de lire ; quant à se poser des questions, c’est vraiment cheugy ! Mais qu’est-ce qu’une réponse si l’on n’a pas compris la question ? La réponse proposée par l’IA est, dans la plupart des cas juste, mais si je ne l’analyse pas, je n’apprends pas. Si je n’apprends pas, je ne comprends pas. Si je ne comprends pas, je ne progresse pas. Et si je ne progresse pas, je ne pose pas les bonnes questions. L’IA nous amène donc une illusion de connaissance, une superficialité assumée, mais dont les conséquences sont mal évaluées.

Apprendre à poser des questions : la nouvelle éducation

Savoir ne sert plus à rien, l’IA est là ! Que faut-il donc apprendre ? A accéder à ce savoir. Par quel biais ? Ce que l’on appelle le prompt, c’est à dire une question ou une suite de questions. Qui vous apprend à poser des questions ? Nous ne parlons pas ici de la grammaire du prompt, mais du contenu de la question. Si vous aviez l’opportunité de poser demain une question à Einstein, une seule, que souhaiteriez-vous qu’il vous apprenne ?

Enseigner demain ne devrait plus consister à apporter des connaissances, mais à poser des questions. C’est en voulant comprendre, que l’Humain utilisera cet outil incroyable à son profit, et progressera.

Dans l’entreprise c’est la même chose. Si je me contente de demander à mon copilote “Prépare moi un plan marketing en 10 slides”, vous aurez un plan marketing, superficiel, plat, sans originalité ni relief. Et votre patron s’en rendra compte. Dans le meilleur des cas, il vous demandera de l’améliorer ; dans le pire, pour vous, il se rendra compte que vous êtes remplaçable par un outil à 20 $ par mois.

Quelles questions poser à l’IA, comment les structurer, les ordonner, comment challenger ses réponses, les comparer, les organiser, et les mettre en forme. C’est là que vous allez apprendre, en posant les bonnes questions. Tout comme vous apprendriez en dialoguant avec un sachant, vous apprendrez en dialoguant avec l’IA. Et ce sont ces interactions qui vous feront franchir la frontière du savoir superficiel. Le super pouvoir de l’IA, c’est celui-là : vous permettre d’apprendre plus et mieux !